Exposition du 9 février – 7 mars 2009
Organisée à la Bibliothèque Ulm-Lettres, salle historique, à l'occasion de la publication aux Editions Rue d'Ulm du tome IV de l'Ecole normale de l'An III : Leçons d'analyse de l'entendement, art de la parole, littérature, morale – sous la direction de Béatrice Didier et Jean Dhombres
« Régénérer l'entendement humain » : la création de l'école, le recrutement, les séances
Le projet, inspiré par Garat et présenté par Joseph Lakanal (1762-1845) au nom du Comité d'instruction publique, fut adopté par la Convention. | |
« La Convention nationale, voulant accélérer l 'époque où elle pourra faire répandre d'une manière uniforme dans toute la République l'instruction nécessaire à des citoyens français, décrète : Art. 1. Il sera établi à Paris une école normale où seront appelés de toutes les parties de la République des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l'art d'enseigner ».
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« Les leçons, les débats et conférences (...) seront recueillis dans un journal sténographique ; ce journal sera distribué aux membres de la Convention nationale, aux professeurs, et aux élèves des Ecoles normales ; il sera envoyé aux administrations de district de la République, et à ses ministres, consuls et agens en pays étrangers ».
Les Séances, divisées en Leçons et en Débats et d'abord éditées comme périodique, ont connu plusieurs rééditions entre 1795 et 1808.
Trois éditions sont conservées à la Bibliothèque des Lettres de l'ENS.
- Séances des écoles normales recueillies par des sténographes et revues par les professeurs. Première partie. Leçons, A Paris, chez L. Reynier, [1795]
S G ip 29 C 8° (6 vol.) et S G ip 29 A 8° (vol. 1)
- Séances des écoles normales recueillies par des sténographes et revues par les professeurs. Nouvelle édition, Paris, A l'imprimerie du Cercle-social, 1800-1801. - 13 vol.
S G ip 29 D 8° et S G ip 608 8°
- Cours de sciences et arts, par des professeurs célèbres... Édition, revue par MM. les professeurs. Paris. Chez Testu,... 1808. - 14 vol.
S G ip 29 8° : L'exemplaire porte le plus ancien cachet de la Bibliothèque de l'Ecole normale : cachet à l'aigle (utilisé à partir de 1811).
Les leçons littéraires
Dominique-Joseph Garat (1749-1833)
Homme politique et avocat, député du bailliage d'Ustaritz aux États Généraux, Garat succède à Danton au ministère de la Justice (1792) et à ce titre notifie à Louis XVI la sentence de mort, il est ensuite nommé ministre de l'Intérieur (1793). Disciple de Condorcet et brillant orateur, Garat joue avec Lakanal un rôle déterminant dans la création de l'École normale où il est chargé du cours d'analyse de l'entendement (1794). Ambassadeur à Naples sous le Directoire, puis sénateur (1799), il est membre du Conseil des Cinq-Cents, puis des Anciens. Sous la Restauration, il devient membre de l'Académie des sciences morales et politiques (1832).
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Roch-Ambroise Cucurron Sicard (1742-1822)
Instituteur des sourds-muets à Bordeaux, l'abbé Sicard est nommé à la direction de l'école de Paris en 1791, devenue institution nationale, il succède ainsi à l'abbé de l'Épée qui l'avait formé à cet enseignement. En l'an III, il est chargé du cours de grammaire à l'École normale. Menacé de déportation au 18 fructidor, il se cache pendant deux ans avant de retrouver sous le Consulat ses fonctions à l'institution des sourds-muets. Il est élu membre de l'Académie française en 1803. | ||
1ère leçon, 4 pluviôse (23 janvier 1795) : | | |
2e leçon, 7 pluviôse (26 janvier 1795): | ||
Cours d'instruction d'un sourd-muet de naissance pour servir à l'éducation des sourds-muets, et qui peut être utile à celle de ceux qui entendent et qui parlent. A Paris, chez Le Clère, an VIII. |
Jean-François de La Harpe (1739-1803)
Poète, auteur dramatique et critique littéraire au Mercure de France, La Harpe est élu membre de l'Académie française en 1776 grâce à l'appui de Voltaire. Professeur de littérature au Lycée, il est chargé des cours de littérature à l'École normale de l'an III. Proscrit sous le Directoire (1797), il se consacre à la rédaction des Cours de littérature ancienne et moderne, oeuvre marquante de l'histoire littéraire. | ||
La Harpe, défenseur du classicisme, choisit pour son cours les textes des Anciens. Mais le « De suppliciis » de Cicéron sert de réflexion sur les mécanismes de la tyrannie et les allusions politiques transparaissent. « Vous apercevrez donc des rapports sensibles, entre les moyens de rapine et d'oppression que tira Verrès de cette guerre des pirates, et ceux que la guerre de Vendée a fournis si longtemps aux tyrans de la France » | | |
La Harpe reprend la question du tutoiement révolutionnaire et du vouvoiement aristocratique abordée à la leçon de Sicard lors de la séance précédente. Il traite la question en grammairien, et rejette les arguments des « partisans de la doctrine du tutoiement ». | ||
Les Cours de littérature, principal ouvrage de La Harpe, rassemblent en 8 volumes les leçons qu'il a données au Lycée pendant douze ans de 1786 à 1797. Ce monument de critique littéraire fera l'objet de nombreuses éditions, qui témoignent de la portée de son auteur depuis la parution des premiers volumes en 1799. |
Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)
Après une vie de voyages en Europe et un séjour de deux ans à l'Ile-de-France (actuelle Ile Maurice), Bernardin de Saint-Pierre commence une carrière d'écrivain et se lie d'amitié avec Jean-Jacques Rousseau. Intendant du Jardin des Plantes et du cabinet d'histoire naturelle en 1791, il est nommé professeur de morale à l'École normale en 1794. Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1795, et membre de l'Académie française en 1803. | | |
Programme, 11 pluviôse (30 janvier 1795) |
La publication des Etudes de la nature rendit Bernardin de Saint-Pierre célèbre. Il gagna encore en notoriété avec la parution de Paul et Virginie dans la 3e édition des Etudes en 1788.